Section question-réponse

 

Vous trouverez ici plusieurs questions qui m’ont été posées par des étudiants de mes cours. Ce sont des questions extra-curriculaires dans le sens qu’elles ne faisaient pas partie des cours comme tels. Voici mes réponses.


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-Comment ton côté rationnel "deal" avec le côté émotionnel absurde des autres (ex: ta blonde/chum)?


Haha! Bonne question! Question épineuse aussi! Avant de répondre, j'aimerais préciser ce que j'entends par rationalité. Pour moi la rationalité c'est la faculté qui, entre-autres, nous permet de détecter et d'éviter les déraillements de nos passions telles que nos rêves, espoirs, ambitions, plaisirs, etc... (C'est plus que ça, mais dans le contexte de ta question, c'est l'aspect le plus pertinent.)


Donc le but de la rationalité n'est pas de s'opposer aux passions, mais plutôt de s'assurer qu'elles ne te mènent pas une soir dans un fossé avec trois seringues plantées dans le bras. Je ne crois pas du tout qu'une personne ne pourrait que suivre ses passions dans la vie. Il y a plusieurs équilibres à trouver: l'équilibre interne entre tes passions (qui ont parfois des buts contradictoires), l'équilibre externe entre suivre tes passions et réaliser les projets qui te tiennent à coeur et l'équilibre entre le présent et le futur.


C'est donc dans cette optique là que je "deal" avec le côté émotionnel absurde des autres personnes. L'intention n'est pas d'écraser leur irrationalité ou leur émotivité, mais plutôt de voir comment ce côté peut se développer sans faire dérailler le reste de leur vie. La rationalité ce n'est pas la vieille grand-mère qui te dis que tu ne peux jamais avoir du fun. C'est plutôt la faculté qui est capable de voir l'être humain au complet et à long terme plutôt de juste avoir du plaisir intense dans le moment présent. On a besoin de deux, toujours, et c'est ce que j'essaie (pas toujours facile!) de faire avec les autres.

-Est-ce que vous vous considérez comme quelqu'un de rationnel dans les choix de votre vie?


En gardant en tête la définition présentée dans la dernière question, oui. Absolument. Cet aspect de la rationalité, on l'appelait avant la prudence. Ce mot a changé. Du premier coup d'oeil, il peut sembler totalement imprudent de faire un saut en bungie. Les risques d'accident sont assez élevés, et si un accident se produit, c'est habituellement dramatique.


Cependant, le vieux sens de la prudence, quand on la regarde comme une vertu, n'est pas de ne prendre aucun risque. Ça, c'est de la peur et de la lâcheté. La prudence comme vertu est: la conduite raisonnée. C'est essentiellement la définition que je donne à un aspect de la rationalité dans la question précédente.


Donc aller faire un saut en bungie avec une bonne équipe c'est, de façon surprenante, une décision parfaitement prudente!

 

-Qu'est-ce qui pousse toujours la société à toujours privilégier les victimes au détriment des agresseurs? Ex: les parents qui chiâlent après le professeur parce que leur enfant a eu des mauvaises notes. 


Je suis content mais inquiet que la notion de victime sorte aussi souvent cette année. Content parce que c'est effectivement un enjeu de plus en plus important, mais inquiet parce que c'est à mon avis un énorme problème. J'ai déjà donné une partie de réponse un peu plus haut (à la question "Est-ce que la victimisation va continuer de croître?), mais je vais ajouter quelques commentaires spécifiques à ta question.


À mon avis, la réponse à ta question est très facile: pourquoi est-ce qu'on chiale après le professeur quand notre enfant a un mauvais résultat? Parce que la déresponsabilisation, c'est facile. Un parent, face à une mauvaise note de leur enfant, a deux options: soit il accepte que son enfant ne travaille pas assez fort et/ou n'est pas assez attentif en classe et/ou n'est pas assez intelligent, ou il se convainc que c'est le prof qui n'est pas bon. Qu'est-ce qui est le plus facile pour l'égo?


La tendance vers la victimisation est stimulée par la lâcheté, la paresse, la déresponsabilisation, l'orgueil et l'hypocrisie. Ce ne sont pas des problèmes jeunes, ça. C'est vieux comme le monde et ça continue d'affecter nos comportements. Comme on le voit en classe en philo 3, le fait qu'on ait arrêté de demander aux gens d'être des personnes honorables, ça a des conséquences. Viser ou tendre vers l'honneur nous stimule à affronter ces vices et à agir de façon plus responsable.


Plutôt que de devenir honorable, ce qu'on demande aux gens maintenant c'est de simplement suivre les lois. Malheureusement, même si ça réduit le crime, ça ne nous encourage pas à dépasser ou transcender les vices qui nous menacent toujours (parce qu'il n'y a pas de lois contre la lâcheté ou l'hypocrisie, par exemple). Mon conseil: essaie de devenir une personne vraiment honorable et voit ce qui arrive autour de toi.

 

-Quel était ton but premier en étudiant la philosophie. Pourquoi vouloir l'enseigner au cégep? Y a-t-il eu un événement déclencheur? [Combinaison de trois questions similaires.]


Dans le désordre: l'élément déclencheur? Un professeur, pendant mon cégep, nommé André Loranger. Les sujets qu'il soulevait et sa passion évidente m'ont intrigué suffisamment pour que j'essaie la philo une session à l'université. Et cette première session est devenue 10 ans d'études!


Mon but premier: comprendre le monde et l'être humain. Ça semble un peu curieux, parce que plusieurs personnes vont en science pour ça. Mais le mystère de la conscience m'apparaissait comme central: qu'est-ce qu'être conscient et comment peut-on être conscient du monde autour de nous? Et ce genre de question, encore aujourd'hui, c'est en philosophie qu'on les traite. Ce but reste encore mon but premier aujourd'hui, 20 ans plus tard.


Pourquoi l'enseigner au cégep? Parce que c'est le moment idéal. Personnellement, malgré la tendance grandissante, je ne crois pas que la philosophie peut réellement être enseignée aux mineurs. On peut en enseigner un pan, on peut changer le sens de ce mot, mais pour moi la philosophie c'est un sujet trop complexe pour un cerveau et un esprit immature. Et s'il n'y a rien de mal à l'enseigner aux gens plus vieux, je crois que cette période autour de 18-20 ans est la meilleure, et ce pour plusieurs raisons.


Premièrement, la plupart des jeunes de cet âge aujourd'hui ne sont pas du tout "placés" dans leur vie. Tout est encore ouvert. La quantité de dogmes augmente sans cesse par la suite!  :-) Deuxièmement, je crois que l'impact de la philosophie est le plus grand chez les jeunes de l'âge collégial. L'attitude philosophique, l'importance de la vie éveillée et la quête du sens de la vie sont trois enjeux fondamentaux auxquels on doit faire face tôt. Il est bien plus important d'apprendre qu'on peut tout remettre en question à 20 ans qu'à 80 ans. Même chose pour commencer à forger un sens à notre vie.

 

-Qu'elle est la plus grande différence entre la philosophie à l'université et au cégep?


À l'université, la philosophie est surtout vue comme une discipline des sciences humaines (au sens large). On fait des recherches, on fait des citations, on commente les grands penseurs, on lit les commentateurs des grands penseurs, etc... Ce n'est pas mal en soi, mais c'est une vision très abstraite, très historique de la philosophie.


L'aspect de la philosophie que j'essaie de mettre de l'avant dans mes cours est très différente. La philosophie la plus pertinente au cégep est celle qui est davantage une attitude qu'une discipline. J'encourage mes étudiants à voir la philosophie comme une attitude que tout le monde peut prendre, plutôt qu'une série de connaissances à apprendre. D'une certaine façon, on n'a pas besoin de devenir un philosophe pour que la philosophie soit bénéfique dans notre vie.


Voici le coeur de la définition de la philosophie que j'utilise en classe: "La philosophie est une attitude, basée sur la rationalité et l'esprit critique, qu'on peut avoir pour mieux se comprendre nous-mêmes, comprendre les autres et mieux comprendre le monde qui nous entoure. La philosophie nous aide à cheminer vers la sérénité, la vie accomplie et le bonheur. "


C'est une philosophie pratique, qui s'intéresse à vous, à votre vie, aux gens près de vous. C'est une philosophie qui vous demande de remettre en question vos actes et non pas seulement vos idées. Encore une fois, ce n'est pas tant un "savoir" qui doit être transmit, mais un "savoir vivre" qui doit être examiné. Ce n'est pas qu'on ne voit pas de théorie, ni que je ne tente pas de vous transmettre un savoir. Mais cette théorie et ce savoir servent principalement à vous remettre en question, servent à vous aider à faire de vous des meilleures personnes.


Tout ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de professeurs à l'université qui tentent de faire ça. Ni que tous les professeurs au cégep ont la même attitude que moi. Cependant, quand on sait que plus de 99% de nos étudiants n'iront pas faire de la philosophie à l'université, autant leur présenter les facettes de la philosophie qui leurs seront les plus pertinentes dans leurs vies!

 

-Qu'est-ce que vous pensez de notre société d'aujourd'hui? Devrait-on suivre le modèle qu'elle nous impose dès notre très jeune âge?


Ouf! Énorme question! Notre monde a plusieurs facettes, certaines que j'aime beaucoup et d'autres qui m'inquiètent. Je vais essayer de deviner la question plus spécifique.


Est-ce que tu parles du "modèle" de école -> travail -> retraite comme étant le seul chemin qui vaut la peine? Alors dans ce cas, ça va dépendre de chaque personne. Il y a des gens qui aiment l'école et leur travail. Je me considère chanceux d'en faire partie. Dans ce sens, ce chemin me convient parfaitement. Mais si ce n'est pas le cas pour toi, bien effectivement c'est quelque chose que tu dois alors remettre en question. Il y a plein d'autres modèles qui fonctionnent aussi bien. Il faut seulement faire attention de ne pas prendre le chemin le plus facile.


Sinon, en général à l'exception de notre gestion de l'environnement, j'aime énormément notre société. Même si elle a des défauts, même si elle a des Donald Trump!, on ne doit jamais oublier que c'est la meilleure société qui n'ait jamais existé. Il n'y a aucune société dans l'histoire de l'humanité qui offraient davantage de possibilités à la majorité des gens, dans laquelle les gens étaient plus instruits et en meilleure santé. Donc oui on a à la critiquer, mais il ne faut jamais perdre de vue qu'on est dans la meilleure société jamais conçue!

 

Première page:

-Comment ton côté rationnel "deal" avec le côté émotionnel absurde des autres (ex: ta blonde/chum)?

-Est-ce que vous vous considérez comme quelqu'un de rationnel dans les choix de votre vie?

-Qu'est-ce qui pousse toujours la société à toujours privilégier les victimes au détriment des agresseurs? Ex: les parents qui chiâlent après le professeur parce que leur enfant a eu des mauvaises notes. 

-Quel était ton but premier en étudiant la philosophie. Pourquoi vouloir l'enseigner au cégep? Y a-t-il eu un événement déclencheur? [Combinaison de trois questions similaires.]

-Qu'elle est la plus grande différence entre la philosophie à l'université et au cégep?

-Qu'est-ce que vous pensez de notre société d'aujourd'hui? Devrait-on suivre le modèle qu'elle nous impose dès notre très jeune âge?


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